Reprendre et garder la main sur Facebook

Publié le Catégorisé comme réseaux sociaux

Nous avons vu en téléchargeant nos données que Facebook garde tout en mémoire et sait croiser les données. Facebook fait tout pour rendre difficile la suppression d’informations que vous avez pu lui laisser que ce soit sous la forme de messages, posts, images ou clics pour aimer ou commenter. Dans l’expérience menée, après avoir supprimé un compte, nous avons vu en créant un nouveau compte la puissance de l’algorithme de Facebook lorsqu’il vous suggère de nouveaux amis. Puissance, mais surtout indiscrétion !
Tout concourt à quitter Facebook et la prochaine étape sera de créer mon propre réseau familial et amical mais dans l’attente et parce que beaucoup ont peur de perdre des liens familiaux ou amicaux qu’ils peuvent avoir sur Facebook, nous allons tenter de reprendre et garder la main, c’est à dire de limiter le pouvoir de Facebook sur nos données en agissant dès l’amont mais aussi tout au long de l’utilisation de Facebook. Vos retours seront bienvenus !

 

Identifions les problèmes !

Facebook c’est non seulement une grande maison avec plein de portes et fenêtres dont beaucoup sont plus ou moins ouvertes. C’est un lieu où toute action effectuée dans Facebook voire au sein du navigateur est repérée et collectée. Facebook récupère les données à grande vitesse, mais il les croise entre elles. Il se nourrit tel un monstre de tout ce que vous déposez en son sein et il ne vous rendra pas les choses facilement. Il vous connaît mieux que vous même !

Beaucoup d’outils de sécurisation sont proposés dans Facebook. Mais leur accès n’est pas toujours aisé et parfois l’interface change.

Il faut penser au fait qu’on peut utiliser Facebook sur l’ordinateur ou le smartphone ou une tablette et qu’à chaque fois l’application va tenter de collecter de l’information sur vous. Vous avez un espion à domicile qui va de plus croiser les éléments récoltés dans vos différents appareils. Si vous ne contrôlez pas les choses il connaîtra vos déplacements, vos relations, vos opinions, vos préférences sexuelles, vos goûts culturels etc.

Des points de vigilance à repérer

  • l’accès au compte par un mot de passe sécurisé et renouvelé
  • le mail choisi pour s’inscrire
  • les informations données dans les formulaires de Facebook et autres notamment au moment de l’inscription
  • ce que je dis quand j’écris dans mon profil, mes pages ou en commentant chez les autres (amis, pages, groupes…)
  • les photos, vidéos que je publie
  • les groupes ou pages que je vais suivre ou aimer
  • les applications auxquelles je vais donner l’accès notamment lorsque je m’inscris sur une application via Facebook

 

beenhere

Un rappel de la CNIL à propos d’une fuite de données Facebook

En avril 21, la CNIL écrivait un article rappelant qu’un fichier comprenant des données de près de 533 millions d’utilisateurs de Facebook, dont 20 millions de Français, est actuellement accessible sur internet.
La CNIL rappelle quelques conseils pour limiter les conséquences pour vos informations personnelles.

Dès la création du compte, faire attention !

C’est au moment de la création du compte que les choses commencent.
Vous pourrez corriger mais c’est toujours mieux de sécuriser le risque de fuite avant l’inondation !

Pour mémoire, il faut avoir 13 ans pour créer un compte et en principe s’inscrire sous sa propre identité (peut-être réclamé en cas de blocage).

Voici ce que j’ai fait pour me prémunir sachant que mon part pris est d’avoir un compte sur lequel je conserve la main au maximum ne cherchant pas le maximum d’abonnés mais à préserver les liens avec ma famille et mes amis réels.

  1. je me suis inscrit avec une adresse mail dédiée (vous pouvez en créer n’importe où par exemple chez mailo.com : cette adresse est réservée au compte Facebook. Si jamais elle était divulguée, cela ne prêterait pas à conséquence car je n’y ai aucun contact personnel. Si vous avez une adresse réservée aux commerces ou à la publicité, vous pouvez l’utiliser aussi (voir la fiche)
  2. j’ai choisi d’utiliser un pseudonyme en informant mes amis : dans ce cas , des personnes qui me connaissaient “avant” ne me retrouveront pas d’autant plus si je ne mets pas ma photo personnelle. Cela peut-être un inconvénient comme un avantage selon mon désir d’être retrouvé par la Tante Albertine pas vue depuis 20 ans ou par un ancien copain de promo (de façon étonnante, on retrouve quand même dans les suggestions, des gens du passé…). Si bien entendu je souhaite être retrouvé par le maximum de personnes ou si je suis une personne publique, je ne vais pas jouer la discrétion (mais je vais sécuriser au maximum !). Attention : ce n’est a priori pas légal. Facebook pourrait fermer votre compte mais nombre d’utilisateurs procèdent ainsi. Avoir un pseudonyme n’autorise pas à dire ou faire n’importe quoi et de toute façon les autorités pourraient vous retrouver dans la plupart des cas par votre IP notamment ou votre numéro de téléphone !
  3. j’ai choisi un mot de passe unique et long (plus de 24 caractères) avec la double authentification ou authentification à deux facteurs. Je changerai mon mot de passe tous les trois mois ou avant si j’observais une activité bizarre.
  4. je limite les informations publiques et les formulaires de présentation : les gens avec lesquels je me connecte me connaissent. Je ne cherche pas à ce que l’on m’identifie en fonction de mon parcours scolaire ou de mes lieux de résidence. Chacun pourra choisir le contraire mais à chaque fois s’interroger : est-ce nécessaire ? est-ce utile ? qu’est-ce qu’un tiers mal intentionné pourrait faire de ces informations ?

 

beenhere

Une stratégie pour se prémunir

Plutôt que de renseigner et ouvrir les informations au public… restreignez-tout au départ et n’ouvrez progressivement qu’en fonction des besoins :
– qui doit connaître votre date de naissance ? Si Facebook veut vérifier que vous avez plus de 13 ans, rien ne vous oblige à donner la vraie (sauf si un jour Facebook restreignait votre accès).
– qui doit connaître votre liste d’amis ?
Vous n’êtes pas obligé de publier votre visage comme photo de profil ou une photo de couverture trop explicite

Auto-contrôle :

Accédez à votre profil puis vérifiez ce que les personnes de l’extérieur peuvent voir comme informations vous concernant depuis l’extérieur sans être votre ami avec “voir en tant que”.

Très souvent, les différentes photos de profil ou de couverture vont apparaître si vous n’avez pas limité les anciennes publications.

 

Je vais limiter mes interactions avec des tiers

Chaque interaction avec un tiers fait apparaître mon nom et mon profil.
Si dans certains cas cela peut-être un choix délibéré par exemple si je veux me faire connaître, il faut être prudent.

  1. certaines applications vous proposent de vous inscrire via Facebook : vous ouvrez ainsi une passerelle entre votre compte Facebook et cette application, souvent dans les deux sens. Méfiez-vous en particulier des jeux !
    1. exemple : une application de rencontre vous propose de vous inscrire via Facebook…. vous allez découvrir que l’on vous propose parfois en ami Facebook, des personnes croisées sur cette application qui du coup pourraient accéder à des infos plus personnelles (ne serait-ce que votre nom de famille)
    2. l’application va accéder souvent à votre liste de contacts Facebook
    3. vous pouvez heureusement retirer cet accès en allant dans les paramètres.
  2. par le passé j’étais tenté de commenter des publicités idiotes ou agaçantes voir des messages politiques idiots sponsorisés qui apparaissent dans mon fil : mais commenter ou cliquer c’est donner de la visibilité à ces pages que vous les aimiez ou non et incite les robots de Facebook à vous proposer des pages du même ordre. Donc je vais retenir ma main !
  3. je retiens aussi ma main dans les commentaires ou like sur les pages de mes amis Facebook, sachant qu’alors les amis de mes amis pourront me voir (et par chaîne les amis des amis de mes amis…)
beenhere

Préférons les échanges privés !

Souvent certains commentaires adressés à un ami ne concernent pas la collectivité. Préférons alors les échanges privés par un message adressé à la personne (Messenger n’est pas l’idéal car appartient à Facebook mais préférable parfois à la réponse partagée) ou utilisons la messagerie ou une application sécurisée comme Signal…
N’oublions pas d’ailleurs qu’un certain nombre de conflits naissent de ces commentaires qui se suivent sans retenue ni filtre.
Et puis , un échange privé c’est souvent plus agréable, plus intime et renforce mieux les liens d’amitié !

Je vais limiter le partage direct de médias ou de posts sur Facebook

  1. plutôt que de déposer un album de photos dans Facebook, je ne mettrai que le lien soit vers un fichier dans le cloud ou sur un de mes sites (le cloud peut être un cloud libre comme Nexcloud ou Cozydrive ou même mon serveur personnel en sécurisant le lien)
  2. plutôt que d’écrire un article directement dans Facebook, je déposerai un lien (on peut avoir un site personnel public ou privé)…

Je vais gérer mon activité Facebook en contrôlant régulièrement et supprimant mes publications.

Sur mon précédent compte Facebook, j’avais laissé les publications très nombreuses s’entasser au fil du temps mais Facebook en a fait son miel !

Chacun peut à tout moment aller faire le tour de ses publications par année et par mois. On peut archiver (ça reste au chaud chez Facebook), on peut supprimer.
Bien entendu si vous supprimez, n’oubliez pas de demander vos données pour les récupérer si vous ne les aviez que sur Facebook.

Mais pour revenir au point de départ, après plusieurs années j’ai eu envie de “nettoyer” mon Facebook. C’est très long et fastidieux. Il existe des extensions pour Chrome ou Firefox qui permettent en principe de faire le ménage mais cela reste compliqué surtout si vous avez beaucoup de données.

Maintenant que j’ai un nouveau compte, je ne vais pas attendre.
J’irai régulièrement sur mon profil pour voir l’historique > gérer l’activité personnelle

  • vous avez la liste des publications et vous pouvez cocher ce que vous souhaitez archiver ou supprimer

Comme je publie tous les jours, je pense que j’irai supprimer l’activité chaque semaine ou par quinzaine : il suffit de se faire un petit rappel !

Je vais davantage promouvoir et fréquenter les plateformes libres et alternatives

  • j’ai par exemple un compte chez diaspora-fr.org qui permet de publier des articles etc. dans un univers libre, sans publicité, respectueux des données personnelles
  • à terme je vais créer des petits réseaux (famille, amis, activité artistique) à taille humaine et mieux contrôlés un peu comme dans les circuits courts ou l’agriculture biologique !

Exigence éthique pour soi et les autres

Difficile bien sûr de lutter contre la force des GAFAM. Facebook est très puissant… on pourrait parler de WhatsApp ou de Snap ou d’Instagram…
Ces applications ont pu modérer notre comportement, animer notre curiosité et parfois d’une façon pas toujours saine en faisant de nous des concierges bavards et des indicateurs zélés.

Imaginons ce que des dictatures dures pourraient faire de tout cela et n’oublions pas que la dictature du commerce et de l’argent sait nous amadouer avec du sucre, en flattant notre égo, notre curiosité…

Nous n’accepterions pas que l’État fiche nos préférences sexuelles ou notre religion. Malgré un avertissement, Facebook le fait.

Nous n’aimerions pas que l’on fouine dans notre intimité, pourtant souvent nous ouvrons notre album de famille à la planète sans vergogne ni peur.

Avec ce nouveau compte Facebook, j’ai pris le parti d’une gestion un peu sévère et austère de mes données, mais c’est aussi une façon de m’affirmer dans mes choix personnels et de citoyen.

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Par Vincent Breton

Vincent Breton anime plusieurs blogs. Il s'intéresse au numérique et notamment au monde du "libre" depuis de nombreuses années. Il a exercé plus de quarante ans dans l'enseignement. Après avoir été responsable d'une équipe mobile de liaison (EMALA), il est devenu formateur pour les enseignants et a lancé le site "Prepaclasse" qui connut une certaine renommée. Comme inspecteur de l'Éducation nationale dans le premier degré, il a été chargé de la mission départementale relative au numérique à Paris, dans le Finistère et dans les Hautes-Alpes.

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